Énergie & infrastructures : la semaine réglementaire
L'essentiel de la semaine
- Arbitrage net en faveur des renouvelables pilotables contre l'amont fossile : la même semaine débloque quinze ans de concessions hydroélectriques gelées (290 voix contre 59) et referme la levée de l'interdiction d'explorer les hydrocarbures en outre-mer, rejetée par l'Assemblée le 11 juin.
- Réforme du marché de l'électricité : la loi hydroélectricité ouvre 40 % de la capacité des concessions EDF par enchères sous contrôle de la CRE - la valeur se jouera sur le prix de réserve et les textes d'application, attendus d'ici ~18 mois.
- Infrastructure ferroviaire arrimée au droit européen : un décret fixe le régime de sécurité et d'interopérabilité du tunnel sous la Manche (Getlink/Eurotunnel), transposant les directives UE 2016/797 et 2016/798.
- Pression réglementaire sur l'industrie énergie-intensive : la nationalisation d'ArcelorMittal poursuit sa navette malgré le rejet du Sénat, et le Sénat conteste l'« accélérateur industriel européen » (objectif 20 % du PIB manufacturier d'ici 2035).
- Verrouillage des plateformes extra-européennes : la première loi européenne encadrant l'ultra fast-fashion aboutit en commission mixte paritaire le 17 juin (cible Shein/Temu), seuils renvoyés à un décret.
Énergie & environnement
Hydroélectricité : ouverture des concessions EDF pour solder le contentieux européen
La loi met fin à une quinzaine d'années de contentieux avec l'Union européenne sur les concessions hydroélectriques : EDF devra ouvrir au moins 40 % de la capacité via un dispositif de capacité virtuelle de 6 GW sur vingt ans, à un prix de réserve confidentiel approuvé par la CRE. Le régime bascule de la concession vers l'autorisation, avec un droit réel de soixante-dix ans au-delà de 4 500 kW, la propriété restant à l'État. Adoptée par 290 voix contre 59 à l'Assemblée (texte conforme du Sénat la veille), elle entrera en vigueur par décret au plus tard le 1er septembre 2026.
Hydrocarbures en outre-mer : la levée de l'interdiction échoue
Le texte visait à lever dans les territoires d'outre-mer l'interdiction de recherche, d'exploration et d'exploitation des hydrocarbures issue de la loi du 30 décembre 2017, par modification du code minier. Adopté par le Sénat le 29 janvier 2026 (227 voix contre 105), il a été rejeté par l'Assemblée nationale le 11 juin 2026.
Mode ultra-express : première loi européenne ciblant la fast-fashion
Le texte définit juridiquement la mode ultra-express et l'encadre par une responsabilité élargie du producteur intégrant l'incidence environnementale, des obligations d'affichage de sobriété, l'indication du lieu de fabrication et la fin de l'avantage fiscal sur les dons de ces produits. Les seuils déclencheurs sont renvoyés à un décret en Conseil d'État, et un dispositif épargne les acteurs établis dans l'Union européenne. La commission mixte paritaire a abouti le 17 juin 2026, ouvrant la voie à une adoption définitive.
Infrastructures & transport
Le régime de sécurité et d'interopérabilité ferroviaires du tunnel sous la Manche est fixé
Le décret n° 2026-502 du 10 juin 2026 définit le régime de sécurité et d'interopérabilité ferroviaires applicable à la partie française de la liaison fixe trans-Manche, exploitée par Getlink/Eurotunnel : rôles des acteurs, gestion de la sécurité, mise sur le marché des constituants d'interopérabilité et autorisation des sous-systèmes. Il transpose les directives UE 2016/797 et 2016/798 et modifie le code des transports. Son entrée en vigueur est conditionnée à la publication de l'accord franco-britannique signé à Londres le 9 avril 2025.
Une proposition de résolution pour relancer l'ambition ferroviaire française
Déposée le 16 juin 2026 par Alix Fruchon et plusieurs cosignataires, cette proposition de résolution affirme l'ambition d'un service ferroviaire français fondé sur la complémentarité entre grandes lignes et réseau de desserte fine. Il s'agit d'une déclaration d'intention politique, sans dispositif juridique ni mesure contraignante.
Industrie & énergie
Nationalisation d'ArcelorMittal France : la navette se poursuit
Le texte nationalise ArcelorMittal France, avec une commission administrative chargée de fixer le prix de rachat par l'État, plafonné à la valeur moyenne des actions entre le 1er octobre 2024 et le 30 septembre 2025. Déposée par Aurélie Trouvé (LFI) le 14 octobre 2025, la proposition de loi a été adoptée par l'Assemblée en première lecture le 27 novembre 2025, puis rejetée par le Sénat le 25 février 2026 (227 voix contre, 112 pour) ; réadoptée par l'Assemblée en deuxième lecture en juin 2026, elle revient au Sénat.
Le Sénat conteste la subsidiarité de l'« accélérateur industriel européen »
La résolution vise le projet de règlement européen Industrial Accelerator Act (présenté par la Commission le 4 mars 2026), qui instaure une préférence européenne, des critères bas carbone dans la commande publique, un contrôle renforcé des investissements étrangers et des procédures d'autorisation accélérées pour les projets industriels stratégiques. Le Sénat juge contraires aux principes de subsidiarité et de proportionnalité trois dispositifs : l'autorisation tacite des projets stratégiques, le guichet unique national imposé et le délai de 45 jours imparti pour confirmer la complétude des demandes de permis.
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Emmanuel Blézès - fondateur de Lex27.ai. Contact : emmanuel@lex27.ai